mercredi 5 février 2014

J'ai fait un rêve


Un vrai rêve hurluberlu ! Je n'ai eu ce matin d'été qu'à m'assoir sur la chaise paillée, devant la petite table en bois, sous la charpente blanche, face à la petite fenêtre de toit qui donne sur les îles, et vous le transcrire. Et aujourd'hui, de le relire, cela me fait sourire tous ces petits cailloux qui m'indiquaient mes chemins...

                       Photo Denis Olivier


Délits de l’aube



La chambre est blanche lisse douce comme un œuf et moi, je m’ébats, bras et jambes, enserrée à la taille, plaquée sur ses genoux, claquée par ses mains souples, protestante encore voilée.

On frappe à la porte quelques coups nets. Il s’arrête songeur et ennuyé, me fait doucement glisser sur le coté et va voir. Pendant que je me laisse aller à genoux au pied du lit. Dérange-t-on ? Va-t-il falloir s’expliquer ? Se modérer ?

Un homme est là qui aimerait assister, juste confortablement assis où il l’entend. Il est même prêt à payer en billets. Miser pour voir, pimenter, saler, faire avancer, ou reculer, au fur et à mesure de l’aventure, nos limites vers leurs extrémités. C’est un jeu, rien qu’un jeu très excitant où je suis la poupée. J’entends tout et me meus au bout de mes fils fantasmatiques que je lui laisse le soin d’actionner avec adresse dans les frissons frileux de mes griseries.

Pendant qu’ils négocient, j’entrouvre debout le volet pour observer dehors. L’autre coté n’est pas un dehors mais un dedans joliment ciselé rouillé de la salle d’un grand palais. Assis par terre jambes écartées près d’un canal de pierres lisses qui la traverse un arlequin m‘observe. Un peu surprise, un peu troublée, je recule et referme, puis de nouveau entrouvre et ouvre en grand. Un gros roi barbu et coloré dans ce décor aux teintes sépia déborde dans son trône, à coté d’autres dignitaires sages comme des images. Une jeune femme est emmenée dans sa longue robe verte pour être couchée à plat ventre sur un tapis à fessées de bois, flottant à un pied trois quart du sol. Son profil ondulé est prêt à accueillir et présenter en évidence les formes rondes et pleines de l’impétrante. 

Ilhwa Hong 


Je veux absolument en être ! Alors, légèrement vêtue de mes bas, d’une culotte et d’une blouse fluide ivoire aux bretelles croisées, je dégringole diaphane le long des colonnes rugueuses et dentelées, vais m’asseoir transparente et silencieuse et serre consciencieusement mes genoux dans mes bras, aux pieds du roi. C’est ma place ! J’y suis bien. J’ouvre grand les yeux, je veux tout voir, tout savoir, sentir et comprendre, m’abreuver me nourrir…

  • Vous êtes ici pour espionner, petite demoiselle ? vocifère soudain le roi qui les mains crispées sur les accoudoirs, prend avec déplaisir conscience de ma présence.
Je me suis levée d’un bond et tente d’expliquer, un peu gênée, que je regardais juste…
  • Regarder, regarder… Espionner, oui ! grince-t-il en se redressant d’une pièce
  • Je penche un peu la tête, juste observer avec attention, votre majesté, pas espionner…
  • Espionner ! Je vous martèle, péronnelle demoiselle ! Me cloue le roi.
  • Espionner, si vous voulez…, admets je à contre corps, le regard sur le bout de mes bas…
  • Alors qu’on fesse d’importance cette vilaine demoiselle grattouilleuse et fureteuse, pleine de questions protubérantes ! Qu’on en finisse une bonne fois pour toutes avec sa curiosité capricieuse, kilométrique et sans borne ! Fessez ! fouettez ! Que les démons des litanies de ses interrogations lui sortent en fumée par ses rotondités dénudées… !

Mes yeux s’ouvrent flous, enfin surtout le droit, l’autre est enfoui dans l’oreiller, penché au dessus de mon visage, il me regarde.

  • Tu es là, toi aussi ?
  • Tu parlais dans ton sommeil.
  • Ah oui ? Encore ? Et je disais, quoi ? (Je préfère savoir…)
  • En fait, tu gémissais… Un peu comme ça – Mhmmm, mhiii, mhiiiiii…, ahhhhhh….
Je bascule sur le ventre, rougissante.
Oh flûte…, j’ai déjà entendu ces bruits là… Ils s’échappent de ma gorge quand, nuisette troussée au dessus des seins, la culotte accrochée à une cheville, ma tête dans l’oreiller et… D’ailleurs,... ne se manifestent t ils pas à nouveau ?

Ellie C. - Juillet 2011


8 commentaires:

  1. she has a dream...chaud chaud....
    Je te rappelle que je connais un très bon psy, spécialiste de l'analyse des rêves....mais en as tu vraiment besoin?

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    1. Antoine qui voudrait me faire rencontrer son psychothérapeute parce qu'il a peur que je lui coupe les cheveux pendant qu'il dort...;) Si tu le croises, demandes lui qui est l'Arlequin. Le regard des autres peut être...

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    2. L'Arlequin ne fait qu'un passage très rapide dans ton rêve. Un homme bariolé, aux humeurs changeantes peut être? Assis les jambes écartées près d'un canal, peut être n'a t il juste qu'une forte envie de pisser?
      Le gros roi barbu semble t 'être familier.
      Je suis bien plus intéressé par contre par le rôle que tu te donnes...celui de l'espionne...Un fantasme d'interrogatoire peut être?

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    3. Arlequin symbolise la fantaisie, le mouvement et la vie... ploum ploum, ce n'est pas le regard des autres, c'est mon "ça" :D

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  2. On s'y croirait ,presque un conte de fée-c'est coloré d'images pas sages .J'adore, décidément les sons de vos syllabes , elles m'offrent des sourires

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  3. C'est un peu les teintes galopantes de la Commedia dell'arte, parfois. :) Et c''est super si elles vous font sourire.

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  4. Je n'aurais pas dû lire ce magnifique texte avant d'aller me coucher. Tsssss....

    Ho la belle illustration en premier (ben non pas la deuxième sinon c'est nuit blanche). Je vais me crever les yeux dessus ça me changera les idées et tout ce laitage pastel et brouillasseux va sans doute me refroidir un peu.

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  5. Fais de beaux rêves Mikounet... Pas mal la chambre hein ? :)

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Chuis désolée mais pour l'instant je suis punie de commentaires chez Blogger, mais je me vengerais... Tu auras compris que ce n'est plus le cas, mais ça me rappelle le bon vieux temps ! :D