samedi 2 novembre 2013

Train d'Enfer !


                                                                                
Le train, ou plutôt les secousses du train, la rengaine des roues sur les rails déclenchent chez elle un brassage de pensées toutes plus interlopes les une que les autres. Des pensée agissantes, participantes, accompagnantes, de ce rustre tempo.

Alain Gauthier - Le petit train de ceinture
Elle rechigne à rejoindre la couchette haute perchée au dessus des corps inconnus d'autres locataires du compartiment. Elle reste debout dans le couloir après avoir vaguement installé quelques affaires pour la nuit. Le front sur la vitre poisseuse, Les coudes façon ailes de poulet sur la barre d'appui, elle se laisse heurter par l'arrivée violente des vues dans la rétine. Pendant ce temps, son cerveau s'emballe en roue libre sur les rails de sa libido « arcanique ». La porte coulissante derrière elle chuinte en s'ouvrant sur le couloir peu fréquenté à cette heure avancée - contrairement aux trains, il n'y a pas d'heures retardées... (fine observation de l'auteur) – et dans le reflet, elle aperçoit l'homme de la couchette d'en face se dresser. Brun sombre, écume argent, massif, ailleurs genre - je suis occupé, voir pré occupé, je fends la vague, ne restez pas devant l'étrave. Elle se décale agacée par son irruption-interruption dans les décalages de ses pensées qui dorlotaient son spleen de rentrée. Ils se regardent, elle renfrognée, lui froid jaugeur, puis elle retourne à son carreau, lui au bout du couloir. Sur le retour, il s’arrête quelques instants en appuie sur la cloison, d'un coup d'épaule se redresse, la dérange et la main sur le loquet lui suggère d'aller se coucher, elle aussi.

On ne peut pas dire que cela soit désagréablement proposé même si légèrement intrusif, voir paternaliste, mais encore une fois elle se sent renfrognée. Elle aimerait que l'on respecte un peu l'entrée de sa caverne et d'une voix lasse, elle laisse rebondir sur la vitre un - Mais oui, mais non, Papa poule....

Toujours dans la vitre, le bras du « Papa poule », son poignet, sa main, ses doigts, interrompent le mouvement d'ouverture amorcée. C'est le moment de faire semblant de rien et pendant que l'ange passe, elle se concentre sur un - Ne pas se pencher à l’extérieur - aux lettres egratignées. Comme la nuit est tombée, il n'y a plus qu'un reflet figé à regarder et elle ne tient pas à se laisser capturer par son regard, à lui. On ne sait jamais, il pourrait y lire un tas de trucs qui ne le regarde pas ! Par contre lui, ce n'est plus du tout dans son idée, ni de continuer à lui mater le dos, ni de rentrer dans la boite à dodo.
  • Pourriez vous vous retourner ? faire face en quelque sorte ? Sourde t'il en mode - je n'ai pas besoin d'élever la voix, pour être obéi, en général.
Elle pivote doucement sur son axe. Ils sont maintenant nez (à elle) à torse (de lui).
  • Vous, vous allez recevoir une bonne fessée déculottée, la prévient il le plus intensément du monde. Pas de point d'interrogation, ni de conditionnel, une simple évidence informative.

  • Juste parce que je ne veux pas aller me coucher ?

  • Juste parce que vous me les cassez ! Et il l’entraîne par le coude coudé, le long du couloir, vers le sas chaotique et désert.
Alors elle - Il y a son corps, un peu surpris flageolant, légèrement résistant. Et puis sa tête, curieuse voyeuse - comment cela va t'-il se passer ? qui la laisse aller, qui l’entraîne même aussi sûrement que sa poigne à lui. Il la courbe et la colle bien serrée contre sa hanche. Le mouvement du wagon ne le fait pas vaciller. Il a le pied train !

Agile, il ramasse le tissu fin de la robe, en chiffon sur son dos et dénude d'un trait décidé ses rotondités. Du sans chichi ! La main est large et frappe en battoir remontant et claquant de façon souple et énergique les chairs qui rougissent. Sous l'avalanche, elle trépigne cherche à s'agripper très vite ahane puis stridule de plus en plus haut, sans pour autant rivaliser avec le boucan ambiant. Les claques se font de plus en plus rapides et sèches. En un train d'enfer, il lui met le feu. Le feu aux joues, le feu aux poumons, le feu au etc... Elle brame et son corps si tonique au début de la punition fléchit, s'alourdit, se pâme.

Alors il la redresse, la secoue un peu pour lui faire ouvrir les yeux. Ce n'est plus l'homme froid d'avant, maintenant, c'est l'homme chaud devant ! Il la plaque sur la cloison, vérifie ses divers consentements d'une main puis d'une bouche experte, se redresse et promptement, la pousse dans les toilettes pour jouer tranquillement au bilboquet...

Plus tard, elle grimpe l'échelle tout en haut, se dévêt et se couche nue sur le ventre. Elle voit son ombre enjamber la travée au dessus des dormeurs, la rejoindre, la saisir sous les hanches faisant ainsi saillir son cul, et tout en s'allongeant, s'ancrer profondément en elle, pour - lui précise t'-il - ne pas risquer de tomber cette nuit de l'étroite couchette.

 Ellie C. Aout 2013





21 commentaires:

  1. Le texte est surprenant, tout en détail, on pourrait presque sentir les vibrations à chaque raccord de rail et l'odeur tiède du couloir.
    Ce lieu original pour une fessée est très excitant, une subtile mise en danger : un voyageur insomniaque, un contrôleur qui balade sa nuit dans les couloirs, une voyageuse pressée d'aller aux toilettes.... Mmmmmmm.
    Mais alors que dire de la magnifique illustration !

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    1. Toute douce cette illustration de Gauthier. J'aime bien le titre aussi "train de ceinture ...".
      Le train est un endroit très utilisé dans l'érotisme comme dans le roman policier. Je suis assez Agatha Christique...

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  2. I love naughty woman dressed in suspender-belt and stockings, before I spank them with a cane, across their bare bottoms. Thank you for this TRAIN of thought.

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    1. Attractive play on words, thank you ! ;)

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  3. Superbe nouvelle. Vous maîtrisez de mieux en mieux vos récits, originaux dans les thèmes, contés dans un style très personnel. Un style, c'est important, ça, un style....
    Va falloir penser à publier, ma p'tite !... C'est mal payé mais ça arrange bien les fins de mois.
    A mon prochain séjour parisien, je vous présenterai à un éditeur intéressant.
    Et continuez, surtout !...

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    1. Venant de vous, Waldo, dont j'admire les récits, les dessins, les peintures.... Y a pas que du soleil par la fenêtre ! :)

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  4. J'aime beaucoup la fin !
    Je me sentais dans le train...
    Dommage que les rails soient peu à peu changées et nous perdions ce tempo :(

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  5. On finira par prendre la fusée ! ;D

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  6. je n'ose m'enfoncer plus loin dans le questionnement et demander où tu comptes prendre la fusée...!!! ou alors la queue de la comète?

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  7. Qu'est-ce que je fais, je prends un billet première ou deuxième classe ?

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    1. En première, la couchette est plus large, on risque moins de tomber. Et il n'y a pas autant de couchettes dans le compartiment.Doublement moins risqué. Alors, un billet deuxième classe !

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  8. Chère Mademoiselle Ellie.
    A la lecture de ce post, mon sang ne fait qu'un tour. Certes, le récit que vous émettez est plaisant à lire, mais la suite ne peut que navrer mon sens éthique. Dois-je vous rappeler que vous êtes ma promise, enfin, en ce sens que vos fesses me sont promises. Hors que lis-je ? Je comprends, hélas, que vous êtes adepte des transports en commun, ce qui m'évoque en premier lieu le terme effroyable de « partouze » ! Qui plus est, vous préféreriez dans cette éventualité côtoyer n'importe quel smicard voyageant en seconde classe, sous prétexte qu'il y aurait plus de participants à cette ignominie! Ainsi, vous aimeriez renifler les suintantes effluves de transpiration s'échappant des trous du maillot marcel de n'importe quel pekin ! Auriez vous bu au moment de déclarer une telle infamie, vous rapprochant ainsi de l'ineffable Coluche parlant de sa promise cuitée ?
    Quand je pense que j'hésitais à vous proposer un aller simple en ma compagnie, dans un wagon lit de première classe, afin de vous emmener vers l'autel de notre si belle cathédrale de Vienne, pour qu'enfin nos épousailles puissent être célébrées dans la plus noble des dignités quitte à expliquer à vos fesses, pendant cette longue et sensuelle nuit ferroviaire, de quelle manière j'avais l'espoir de les chérir pour tout le restant de nos vits (euh ? Vies?).
    Une nouvelle fois donc, Chère Mademoiselle Ellie, vous m'enfoncez au fond du trou, alors que j'espérais l'inverse.

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  9. Mince le Baron à ses vapeurs...
    Voyons Baron, vous savez bien que je ne suis qu'une bergère.aux pieds crottés.

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    1. Chère Mademoiselle Ellie
      Il me navre profondément de vous lire de nouveau, car je ne peux que vous surprendre en flagrant délit (ou d'Ellie) de mensonge éhonté!
      En effet, il apparait sur plusieurs images que vous avez la bonté de nous montrer ici même que jamais vos souliers ne sont crottés! Quant à être bergère, il me semble bien avoir lu quelque part que vous traîniez souvent sur les chantiers (d'où peut être parfois quelque amoncellement de boue sur une botte, je veux bien l'admettre). Il y a donc discordance absolue. Soit vous allez sur les chantiers pour crotter vos pieds, et éventuellement y trouver matière à je ne sais quel pervers fantasme, mais point de moutons vous n'y trouverez. Soit vous êtes bergère (frisée comme un mouton peut être telle Valentine), et dans ce cas, les près dans lesquels vous vous roulez ne doivent être boueux.
      Bref, je ne vous comprends plus, et il faudra bien que je me résolve un de ces jours à vous donnez ce que vous semblez espérer, voire réclamer, puisque que vous affichez clairement vos mensonges : une bonne fessée!
      Voilà, depuis le temps que nous conversons ici même, je ne m'étais jamais exprimé aussi clairement sur mes désirs. Je pense que les choses sont claires à présent.
      Veuillez recevoir, Mademoiselle, mes hommages les plus profonds à vos pieds (crottés ou non).

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    2. Je ne suis pas bégueule, je prends - Les hommages toujours, la critique souvent, la fessée parfois... ;)

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  10. Ce texte, c'est un régal! :D bravo Ellie! :D
    dire que je n'ai jamais pris de train-couchette!:(

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  11. Il suffit d'emporter son lit de camps et ses draps dans un train, et voilà, le tour est joué

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  12. Jamais pris de train-couchette non plus... :/
    Mais très trèèès belle plume miss Ellie, j'ai fait ce voyage en vous lisant! :-)

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  13. @ Emma et Elle - Ah non mais les filles ce n'est pas possible, faites ça une fois dans votre vie en mémoire de moi ! ;D Merci pour vos retours. Écrire des trucs érotiques qui embarquent aussi les filles ça, ça me plait bien.

    @ Mike je ne te propose pas le range bagages juste au dessus des places assises, tu serais capable de renverser ton Irish sur mes bas blancs...

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  14. Tsss, dis plutôt que tu ouvrirais la bouche et que pas une tâche souillerait tes bas blancs.

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Chuis désolée mais pour l'instant je suis punie de commentaires chez Blogger, mais je me vengerais... Tu auras compris que ce n'est plus le cas, mais ça me rappelle le bon vieux temps ! :D